En haut, lire 凤凰湖宾馆 [Fènghuáng Hú Bīnguǎn], à savoir le Phoenix Lake Hotel. 宾馆 [bīnguǎn] serait plutôt ce qu'en anglais s'appelle « guesthouse », voire « pension de famille » ou « hôtellerie de monastère ».

Ensuite 2004 年中欧精神分析临床研讨会 [Nián Zhōng Ōu jīngshénfēnxī línchuáng yántǎo huì], à savoir : L'an 2004, Chine-Europe, séminaire (forum de discussion) clinique de psychanalyse.

Et finalement, 2004. 4. 7 峨眉 [Éméi], date à laquelle fut prise la photo et où commença le séminaire. 峨眉 [Éméi] est la petite ville où eu lieu nos journées de travail et de rencontre, tout près de 峨眉山 [Éméishān], une des sept montagnes sacrées de Chine.

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Ci-dessous, un des discours introductifs aux journées : « Le b-a-ba de la psychanalyse » (en chinois : “——精神分析的基础知识”).

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Le b-a-ba de la psychanalyse

En guise d’ouverture du séminaire inter-associatif d’Emeishan

 

Jean-Christian DELAY

 

 

早上好 2. Bonjour.

 

Ce n’est qu’à mon arrivée à Chengdu que j’ai appris que les organisateurs avaient pensé à moi pour l’introduction de ce séminaire inter-associatif. La brièveté du temps ainsi imparti à la préparation est une occasion de s’offrir une séance à l’œil. D’où le style quelque peu associations libres de mon propos. L’analyste tentera d’y laisser son empreinte, non seulement dès à présent, mais aussi au fil du séminaire, où nous aurons l’occasion de reprendre quelques uns des thèmes soulevés ici.

 

En français contemporain, « à l’œil » veut dire « gratuit, gratuitement ». La modernité a vidé la tournure de la diachronie qu’elle impliquait autrefois. Il ne s’agissait pas tant de gratuité que de faire crédit à quelqu’un en fonction de l’impression qu’il avait faite. Le crédit n’était cependant pas sans être assorti de vigilance, le créditeur gardant en quelque sorte le bénéficiaire à l’œil 3.

 

L’inconvénient de la surveillance est que l’on en arrive à ne pas savoir qui surveille qui. D’où l’usage du divan en psychanalyse, qui permet de s’appuyer sur une asymétrie de la pratique de la parole : la parole est donnée, ou prise, alors que l’oreille est prêtée. Cela n’empêche pas qu’elle puisse être demandée, au contraire : « Lend me your ears and I’ll sing you a song... » 4. L’attribution d’une place à l’autre – lui reconnaître une fonction – est au cœur de la psychanalyse, celle-ci étant la clinique du destin de cette attribution…et de sa carence.

 

Aller vers l’autre, c’est faire un pas vers l’étranger, non le moindre desquels est celui qui réside en nous. Dans ce sens, ne pas aller à la rencontre de l’autre est une façon de rester à l’écart d’une partie de soi. Mais qui dit altérité ne dit pas nécessairement déplacement. Socrate, qui est resté le clair de sa vie à Athènes, et Kierkegaard, qui n’a guère quitté Copenhague, ont bien témoigné qu’il n’est point nécessaire de quitter son pays pour se trouver à l’étranger. Aussi ne me suis-je pas d’emblée décidé à venir travailler avec vous. Ne valait-il pas mieux se concentrer sur les projets en cours à Copenhague 5 ? L’étranger y est aujourd’hui en souffrance et le temps manque. Mais j’étais déjà porté par d’autres courants. Comme de nombreux enfants de mon temps, j’ai beaucoup voyagé. Trop, peut-être, au point où la multiplication des déplacements nourrirait l’illusion que la fonction de l’inconnu peut être entamée. Mais pas au point où cela aurait empêché le surgissement de la question de savoir ce que pourrait apporter un séminaire inter-associatif européen en Chine. D’autres mobiles, plus anciens, firent surface et, dans l’après-coup, le déplacement semble avoir été décidé avant même que je ne m’y sois résolu. Comme par un soi-disant hasard, j’ai trouvé à mon domicile, à l’approche du départ, cachée au fond d’une étagère, une théière en étain. Sur celle-ci, une inscription faite d’idéogrammes chinois. Et puis je me suis souvenu de ce que j’avais longtemps su, mais entre-temps oublié, à savoir que mon grand-père paternel avait ramené la théière de Chine après y avoir passé six ans au début du siècle passé. Il y avait été au service de cette armée française qu’il aimait tant et qui était devenue la famille qu’il n’avait pas eue. Je me suis demandé ce qu’il avait vécu – ce qu’il avait fait – là-bas, c’est-à-dire…ici. Que sont devenues les lettres qu’il avait envoyées à ses amis, dans lesquelles il leur faisait part de ses impressions de Chine ?

 

La rencontre entre deux cultures peut être un bol d’air pour les deux, par l’ouverture, l’échange et l’éclairage qu’elle permet. Cependant, à l’évidence, l’ombre de l’anéantissement n’est pas absente. Si cela vaut au niveau de l’Histoire, cela se décline au quotidien. Songez à la télévision de masse qui constitue un gaz toxique pour les petites langues. Et à l’irréductible écart entre la langue conventionnelle, dominante, et la parole vive de chacun, essentielle à ce que Jacques Lacan appelait la parole pleine. La première est portée à résister à l’autre. Dans certains pays d’Occident, on vous accueillera volontiers dans un restaurant ou un magasin avec la question : « Comment allez-vous ce soir ? » L’entrain avec lequel la question est parfois posée peut momentanément faire croire que l’on s’intéresse à vous. Une réponse subjective servira – sans nécessairement aller jusqu’à un « En fait, je me sens plutôt déprimé » – à vous détromper. La question n’est pas censé mettre en jeu ni la subjectivité, ni le sujet, tant elle est au service d’un autre maître.

 

En guise d’ouverture, je vous adressais un « bonjour » (bon matin, plutôt, 早上好 [zǎoshang hǎo]). Façon d’établir, à partir d’une salutation universelle, un pont entre nous, entre les langues. Mais que signifie au juste ce « bonjour » ? Formule de politesse, assurément. Parole vide, peut-être. Constatation ? Mais que sais-je de ce que vous penser ou de ce que vous éprouvez ce matin ? Il faudrait d’abord vous laisser parler et vous écouter. Enfin, « bon-jour » est un souhait. Cependant, après Freud – et Lacan à sa suite – souhaiter le bien ne va pas sans (en) dire (plus), tant les logiques du bien et du mal se recoupent. Freud, Lacan et quelques autres 6 se sont dépensés pour expliciter psychanalytiquement en quoi il en est ainsi. Le géni de la langue chinoise offre un point d’accès percutant à cette problématique. Le caractère chinois pour « bon », « bonne », « bien », à savoir 好 [hǎo], ouvre à lui seul sur tout un pan de ce difficile problème du bien et du mal. Le caractère 好 est le résultat de la fusion de deux caractères distincts. D’une part, 女 [nǚ], qui signifie femme et d’autre part, 子 [zǐ], qui signifie fils ou enfant. La langue chinoise exprime ainsi de façon ramassée ce qui fait partie de l’imaginaire de nombreuses cultures, à savoir que la femme-mère et son fils-enfant sont sensés incarner ensemble l’image même du bien. Ainsi, le sujet n’est jamais assuré d’être au-delà de l’emprise de l’illusion de ce paradis perdu. J’ai connu un juif à qui un officier SS avait donné le choix entre partir libre avec ses amis ou suivre sa mère au camp. Il a pris le chemin des camps. Il en est revenu quelques années plus tard, seul survivant parmi la centaine d’enfants concentrationnaires de son block, l’aspiration d’accéder à une féliciter supposée à autrui étonnement intacte. Par la suite, il s’est longuement employé – non sans succès, d’ailleurs – à mener son projet à bien. Mais il supportait toujours mal son manque-à-être et ses inépuisables revendications le minaient. C’est alors qu’il s’est adressé à un psychanalyste.

 

Effectivement, le rôle du psychanalyste est de permettre l’émergence d’un sujet dans un au-delà du 好, grâce à un élément tiers (étranger). L’analyste se plie à la logique qu’implique la fonction de ce tiers. Les sœurs filandières 7 – trois 女 – n’en disparaissent pas pour autant. Elles continuent dans l’imaginaire à dispenser à chacun sa part de bonheur et de malheur. Seulement, voilà qu’elles n’ont jamais été une simple incarnation d’un fantasme de la toute-puissance maternelle. Le tiers était là depuis l’origine. Depuis l’origine du mythe, car les sœurs filandières, à l’instar de 好, agissent en tant qu’idéogramme. C’est précisément sur cela que le psychanalyste va s’appuyer, attentif à ce en quoi un idéogramme se révèle à partir de ce qu’il en appelle d’autres.

 

Dans une diachronie mythique, après les sœurs filandières, vient le Complexe d’Œdipe. Le Père entre en scène par le biais du complexe qui à chacun donne au tiers le nom qui organise la succession de ceux qui viendront à sa suite. C’est ainsi que le complexe d’Œdipe que nous a légué Freud est un concept dont l’actualité toujours à renouveler consiste premièrement en sa dimension symboligène 8. Qu’est-ce à dire ? Au cours d’une analyse, il arrive que nombre de symptômes paraissent et disparaissent. Il y en a toutefois deux qui persistent : le Père et la Mère. Cela veut-il dire que le sujet n’a de choix qu’entre rester en quelque sorte collé aux parents (ne pouvant alors advenir), ou se défaire d’eux au risque de se perdre ? Oui, mais pas exactement, car les parents ont une dimension idéogrammatique qui prend toute sa valeur avec le déclin du complexe d’Œdipe 9. Si la satisfaction qu’a obtenu le sujet laisse à désirer, par l’impasse sur laquelle il a buté, il pourra grandir dans l’exercice de sa fonction. A ceci près que le complexe d’Œdipe ne peut s’avérer symboligène qu’à partir d’un déclin qui indique la voie de son déchiffrement.

 

Le principe de symboligènicité est aussi essentiel à la transmission de la psychanalyse qu’à sa clinique. En fait, ce n’est pas tant la clinique qui fait partie de la transmission, que la transmission qui se fait à l’ombre de la clinique. Lacan, dans le séminaire II, lorsqu’il élabore le schéma du vase renversé 10, encourage ses élèves à apprécier le moment de l’histoire de la psychanalyse qu’ils sont en train de vivre. En effet, à cette époque, Lacan faisait à nouveau émerger la théorie psychanalytique d’une expérience vécue et textuelle de l’inconscient. Il ajoute cependant qu’un jour la théorie sera rodée au point où elle marchera toute seule et le temps de son invention tombera dans l’oubli. Si l’idée résonne avec l’histoire de la science moderne, elle incite au questionnement quant à la psychanalyse. Un résultat scientifique vaut au-delà du moment de l’invention qui l’a produit. Et il vaut encore lorsque l’on ne s’y intéresse plus scientifiquement. Le cheminement qui a mené à une découverte scientifique tombe dans l’oubli (avec le nom de son auteur) dès que son aboutissement s’avère riche en applications pratiques (lorsque la science devient technologie). Ainsi, le savoir(-faire) de la science peut-il se transmettre efficacement de génération en génération, s’accommodant plutôt bien d’une complète méconnaissance de l’histoire de son surgissement. Mais – en psychanalyse – est-ce possible ?  Est-ce souhaitable ? Une psychanalyse qui irait de soi, qui marcherait toute seul, ne serait-elle pas synonyme de fermeture de l’inconscient ?

 

L’ouverture de et à l’inconscient est solidaire d’un investissement subjectif au niveau de l’attention prêtée à la parole. Il ne s’agit nullement de réduire la parole à son substrat subjectif, mais plutôt de souligner à quel point les élaborations de la psychanalyse, que ce soit au niveau de la clinique, ou de la théorie, ne peuvent pas ne pas porter activement la trace de cet investissement. En cela la psychanalyse se distingue et de la science et de la religion. Cela fait son originalité, mais aussi sa fragilité.

 

Freud et Lacan étaient conscients de cette fragilité. D’où leurs préoccupations concernant sa transmissibilité. Vous connaissez probablement déjà la phrase souvent relatée que Freud aurait prononcée à Jung à leur arrivée à New York en 1909. Son authenticité nous importe peu ici, car même apocryphe, elle dit vrai. Freud aurait dit des Américains : « Ils ne savent pas que nous leur apportons la peste. » Façon pour Freud de dire l’abîme qui séparait les principes aux commandes de la culture nord-américaine de l’éthique de la psychanalyse. On peut facilement imaginer la résistance que Freud pensait avoir à affronter. Et pourtant, Freud n’a pas connu l’étendu du succès qu’a eu aux USA une certaine forme de la psychanalyse, à savoir l’Ego Psychology. Freud ne se doutait pas que la peste puisse être si bien vécue. Ou, plus précisément, Freud ne connaissait pas la capacité de la culture américaine à donner à ce qui atteint ses côtes une tournure qui lui convienne. Depuis, on le sait, l’Ego Psychology a fait naufrage. Notons toutefois qu’elle n’a fait naufrage qu’en tant que courant de la psychanalyse. En tant que mode de penser psychologique, on ne peut dire que l’ego ait baissé les bras. Ce qui nous fait penser que nos collègues américains n’avaient pas tord de s’y intéresser. La nécessairement perpétuelle réinvention de la psychanalyse dépend de ce que quelques ego s’intéressent à ce qui de l’inconscient les détermine. Le moi se reconnaissant étranger au désir qui l’agite est un geste appelé à être renouvelé de temps à autre.

1 好 est l’idéogramme chinois signifiant bien, bon. Hǎo, en pinyin, avec l’accent tonique.

2 早上好, zǎoshang hǎo en pinyin, veut dire bonjour dans le sens de bon matin, good morning.

3 Garder à l’œil = surveiller.

4 De la chanson des Beatles, ”With a little help from my friends”.

5 哥本哈根, Gēběnhāgēn en pinyin, capitale du 丹麦, Dānmài.

6 Tout récemment, un de nos collègues de l’I-AEP, Alain Didier-Weill.

7 Divinités très anciennes d’origine orientale que l’on retrouve chez les grecs (Μοιρα) et dans la mythologie nordique. Dans celle-ci, elles siègent au pied d’Yggdrasil, l’arbre qui forme l’axe du monde. Freud nous en parle dans le texte « Das Motiv der Kästchenwahl » sur le choix des coffrets dans The Merchant of Venice de Shakespeare. Il nous y montre en quoi le vrai de l’amour et la force du désir sont en dette envers ce que représente le métal lourd et terne qu’est le plomb.

8 Voir les travaux de Françoise Dolto, notamment L’image inconsciente du corps.

9  Freud a intitulé un de ses textes, « Der Untergang des Ödipuskomplexes ». Traduire « Untergang » par « déclin » est déjà un choix.

10 Jacques Lacan, Le Séminaire, livre II. Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse. Seuil, Paris 1978.

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——精神分析的基础知识

致峨眉山组织间研讨会的开幕词

 

 

Jean-Christian DELAY

 

翻译:姜余

早上好. Bonjour.

 

当我抵达了成都,我才得知组织者希望我为这个国际组织间研讨会致开幕词。被给予的短暂准备时间是一次免费(à l’œil)分析的机会。因此我的发言就有一点点自由联想的风格。通过这个发言,分析家将留住自己的印记,不仅仅是在当下,并且贯穿于整个研讨会,在我们偶尔又会谈论起某些这里被提到的主题的时候。

在现代法国,“à l’œil”意为“免费,免费的”。这个说法通过现代语言演化的过程丢弃了它曾经的历时性。它以前更少表达免费的,而更多表达因为对某人有印象而给他赊帐。赊帐在那个时候并不是没有与之对应的监视,债权人看管着债务人在他的眼前。

 

监视的不便性在于人们不知道是谁在看着谁。因此精神分析中躺椅的运用,允许它依靠话语实践的不对称物:话语便被给定、被抓住,而耳朵被借出。这并不阻止耳朵可以是被要求的,相反如:“把你的耳朵借给我,我将为你唱支歌……”。把一个位置给予彼者——使认识到他的作用——是精神分析的要害,精神分析是这个分配的命运和缺失的临床。

朝着彼者开路,也就是朝着陌生的一步,而这些步骤当中朝着存在于我们自己中间的陌生部分的步骤并不是最轻易的一步。在这个意义上,与彼者不相遇也就是离自己的一部分保持距离的一种方式。然而,相异性并不必然意味着移动。将其一生住在雅典城的苏格拉底,和几乎从来没有离开过哥本哈根的基尔凯郭尔都见证了为了感受彼者不一定非得离开他们的国度。因此我也不是一开始就决定来和你们一起工作的。专注于正在进行的哥本哈根的计划不是更有价值吗?存在自己的陌生部分已经没有收到足够的关注,时间也随之消逝。然而,我是被其他的理由带到别的地方的。同我那个时代的许多孩子一样,我到处旅游。也许,旅游得太多,以致那样的频繁旅行滋养了未知的功能可能会被动摇的幻觉。但还没到阻碍去知晓是什么支撑了要在中国召开欧洲组织间研讨会这个问题的突冒的程度。另一些动机,一些更加古老的动机,在事后浮出水面。并且,在我自己还没有决定之前,移动看来就已经是注定的了。如同一些所谓的偶然,临走之前,我在自己的住所里发现,在一个柜子尽头隐藏着的一只锡制的茶壶。在这只茶壶身上,雕刻着汉字的铭文。而后我回忆起很久以来我就知道但在时间中被遗忘了的事情,我的祖父在上个世纪初在中国度过六年之后带回了这只茶壶。他曾经在他所喜爱的并成为他未有过的家庭的法国军队服役。我自问,他在那边既是说在此地经历过什么、做过什么。什么成为了他遥寄给朋友和为他们制作了他中国印象的那些信件?

通过开放、交流和澄清,两种文化的相遇也可能成为这两者的新空气。此时,毫无疑问,毁灭的阴影并非不在场。如果这个说法在历史的水平上是对的,那么在日常平面上也被呈现出来。你们可以考虑一下到对那些支流语种有害的大众电视的印象。再考虑一下常规优势语言与对被雅克•拉康称为“实话”不可缺少的每人活跃语言之间的不可消除的差距。前者倾向于反抗后者。在西方的某些国度,在饭店或商店里人们往往使用这个问题来欢迎你:“今晚您过得怎样?”有时候这个问题提得很欢乐,就暂时让人相信人们对自己是感兴趣的。一个主观的回答就足够使你醒悟——还没必要说到“实际上,我感觉有点沮丧”。这个问题被看作是既不与主体性相关,也不与主体相关,而服务于另一个主人。

在开幕式上,我向你们致以“bonjour ”(早上好)。从一个平常的问候开始,建立一座我们之间的、语言之间的桥。但这个“bonjour”究竟意味着什么呢? 无可厚非的,是一种礼貌的表达。或者也许一个“空话”?抑或评价?然而我如何知道今天早上你们想的或是你们体会的是什么?首先必须让你们讲并倾听你们。最后,“你好”是一个愿望。然而,在弗洛伊德之后——拉康继其后尘,期望善意不一定存在而可能表达更多,因为善意和恶意的逻辑有交叉。弗洛伊德、拉康和个别其他人尽力用精神分析解释为什么是这样。中文的禀赋就这个问题提供了一个强有力的切入点。表达“bon”、“bonne”、“bien”的汉字,即“好”,打开了善与恶的困难问题的一面。汉字“好”是两个不同汉字的结合。偏旁“女”意为女人,另一个偏旁“子”意为儿子或者孩子。汉语以聚合的方式表达了构成多种文化想象部分的东西,即女性—母亲和儿子—孩子一起被认为代表了好本身的图象。进而,主体从未确定为超越了迷失天堂的幻觉的抓扑。我认识到一个犹太人,一个SS官员[2]给他要么和朋友一起自由地离开,要么随同母亲进入集中营的选择。他最终选择了纳粹集中营的道路。多年以后他从那里归来,成为那个街区中上百集中营的孩子中唯一的生还者,让人吃惊的是他想得到假设属于他人的幸福的愿望未受损害。后来,他很长时间努力出色地完成工作——并非毫无成果。但他始终难以承受其存在的缺失,而无限的要求又伤害了他。这就是为什么他开始作分析。

事实上,通过一个第三元素(陌生的元素),分析家的角色就是在“好”的背后允许一个主体的突冒。分析家屈从于包含了这个第三元素的作用的逻辑。因此,命运三姐妹——三个“女”——也没有从中消失。她们仍然在想象中各司其快乐和不幸的职责。不过,她们从来没有作为母性全能的幻想的简单体现。从一开始,第三元素就一直在那里。从神话的开始,由于命运三姐妹[3],按照“好”的模样,突现了表意的汉字。准确地讲,这正是分析家要依靠的,他会注意到一个汉字因为联系到其他汉字而开始呈现出来。

在神话的历史性中,在命运三姐妹之后,俄底蒲斯情结来了。对于每个人来说,大写的父亲,通过给予第三者一个名字的情结,这个名字规定了谁为其后的序列,而进入舞台。如同弗洛伊德传给我们的俄底蒲斯情结,它是一个由于其现实性始终更新而首先由其象征性生成性维度构成的概念。这是什么意思?分析的过程中,许多症状出现了又消失了。但始终有两个症状是永恒的:大写的父亲和大写的母亲。这意味着主体除了要么停留在与父母的某种粘连中(而不能有任何成长),要么冒着失去自己的危险去摆脱他们而别无选择?是这样,但不确切。因为父母有一个通过在俄底蒲斯情结中的衰落而获取价值的象形文字的维度。如果主体的已经得到的满足还不够完善,因为他遭遇过一条死胡同,那么他就可以在这种职务中成长。除此之外,俄底蒲斯情结只有从一个显示了其辨认的道路的衰落中才可显示出象征性生成。

象征性生成性的原则对于精神分析的传授和精神分析的临床有关键的作用。事实上,并非是临床构成了传授的一部分,倒是传授担当了临床的护荫。拉康,在他的第二个讨论班中,在他制作倒置的花瓶图式期间,他鼓励学生重视他们当时经验的精神分析的历史时期。实际上,在那个时候,拉康重新让一种无意识的实际和按原文的经验从精神分析理论浮现出来。然而,他补充说,有一天,这个理论将会完善到可独自前行的程度。而发现它的时刻也会跌落到遗忘的角落。如果这个观点伴随着现代科学的历史而发出回声,那么它就挑起了一个关于精神分析的自问。一个科学的结局必将超越将它制造出来的发明的时刻,并且在人们对它不再感兴趣的时候继续有效。当结果通过实践运用显示出了丰富(当科学变成技术),导致科学发现的道路就跌至遗忘的角落(同它的作者的名字一起)。这样,科学的知识和本事虽然可以有效地传授从一代至下一代,却服从着对于本身浮现历史的全面无知。但是——在精神分析中——这是可能的吗?这是希望的吗?一个作为自身的精神分析,一个独自前行的精神分析,不就意味着无意识的封闭吗?

无意识的开放和对于无意识的开放,是与在话语的水平上的主体性投注相关的。并不意味着要将话语简缩到主体性的基础,而要强调,无论是在临床的水平上还是在理论的水平上,精神分析的制作都不能不如此实际地带来这个投注的痕迹。正是在这个地方,精神分析将自己与科学与宗教区别开来。这个成为了它的特殊性,但也是它的脆弱性。

弗洛伊德和拉康意识到了这个脆弱性。因此他们对于其可传授性有焦虑。你们可能已经知道一句经常提起弗洛伊德1909年到了纽约对容格说的话。在这里我们对其真实性不感兴趣,因为如果可疑存在的话,它还说了真实。弗洛伊德对那些美国人说:“他们还不知道我们给他们带来了瘟疫。”通过这种说法,弗洛伊德表达出了在控制北美文化的原则与精神分析的伦理之间相区分的深渊。我们可以轻易地想象出弗洛伊德当时认为的所面临的阻力。然而,弗洛伊德没有经受到在美国的精神分析的某种形式,即自我心理学派,同样的成功。弗洛伊德仅仅没有料到的是,这场瘟疫是如此的成功。或者更加准确的说,弗洛伊德不知道美国文化有能力把它所接受的东西给予一个它认为合适的局面。从那以后,我们知道,自我心理学派成就了一场灾难。然而要注意的是,自我心理学的灾难仅仅是因为没有得到精神分析的学派的位置。作为一种心理的思维模式,我们只可以说,自我没有放弃。让我们思考的是我们的美国同事对这个感兴趣也没有错。精神分析的必然永恒的再发现取决于某些自我就对于在无意识确定了它们的东西感兴趣。自我承认对于挑动它的欲望是陌生的事实,是一个被要求不时更新的姿势。

 

1 2004年4月,名为“在西方人与中国人的无意识之间是否存在着差异?”的中欧精神分析临床研讨会在峨眉山成功举行。瑞典精神分析家Jean-Christian Delay先生为大会致开幕词。这篇文章是Delay先生回国后修改并发表的文本,现在将它翻译出来,希望与大家共享当时的一份情感。感谢古维兰小姐(法国),宋建宏小姐在翻译过程中给我提供的帮助!

2 译者注:SS为希特勒的特种部队的简称,二战时候也管理集中营。

3 译者注: sœurs filandières 是罗马神话里的三个姐妹,叫Clotho,Lachésis和Atropos。这三个地狱女神纺、摇纱和切人们的生活线。隐喻:生活与死亡,生命。

Michel GUIBAL

霍大同 [Huò Dàtóng]

欧精神分析临床研讨会